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Esprit du ride |
 Verticales enneigées et sensations philanthropes par : AntoineIl existe des hommes qui descendent des pentes et en tombent amoureux. Mais attention, pervers lecteur féru de films à tendance sac à viande, l'acte de descendre une vierge n'a rien de fornicatoire. Inutile de gesticuler sur une pente de neige fraîche pour perpétuer l'espèce. Néanmoins, les crapahutants de l'inclinaison semblent vivre, à l'instar de l'amour, une véritable cohésion entre l'abîme et l'au-delà. Ces hommes sont des adeptes du vertige et de la glisse. Ils remettent en cause leur existence à chaque virage et ne se contentent plus de protéger la fragilité de leur condition humaine, ils l'éprouvent.
Le risque comme condition de liberté ? Le skieur extrème se débat avec les éléments. Il écarte le monde extérieur pour pénétrer son monde intérieur et, par là, intensifie son sentiment d'existence. La relation est frontale et l'identité se recroqueville sur elle-même, elle se rassemble. Du coût, la vie s'enracine de manière plus sensible. L'existence devient unité et plénitude. L'égoïsme devient humanisme.
Saudan, Chauchefoin, Vallençant, Giacomini, Boivin, Baud, Valeruz, Chantriaux, De Benedetti, LenattiSannées 80, l'appel de la pente retenti dans les alpes. Les hommes se mettent à descendre skis aux pieds, ce qu'un alpiniste aurait grimpé. La montagne est immense, tout est possible. Point de limites, les progrès techniques et physiques permettent d'accumuler plus de dénivelée, d'accentuer la pente, de s'engager dans des itinéraires de plus en plus tordus. Il n'y a pas d'éthique, juste l'aventure à l'extrême fil. "Rien à voir avec la glisse", ces rengaines de vieux ivrognes conservateurs sont laissées au comptoir. Plaisirs crispants, certes, mais existe t'il une échelle des plaisirs ? Quant à la crispation, à partir de 50°, elle est proportionnelle à deux éléments : la qualité du skieur et celle de la neige.
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